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Pétrole, gaz, et uranium.
Larmes, sang, et morts.
Le 20 février 2026, les avions israéliens décollent direction l’Iran. L’opération « Lion rugissant » commence par des frappes ciblées. Centres stratégiques. Personnalités du régime. Concomitamment, depuis leurs porte-avions qui croisent dans le golfe d’Oman, conformément au plan « Fureur épique », des avions américains s’envolent eux aussi pour effectuer des missions de bombardement. L’Iran riposte par des tirs de missiles et de drones visant non seulement Israël mais aussi les pays du golfe persique qui accueillent des bases américaines. Koweït. Arabie saoudite. Bahreïn. Qatar. Emirats arabes unis. Oman. Autres victimes de ce conflit. L’Irak et le Liban qui hébergent sur leurs sols des milices chiites pro-iraniennes, états dans l’état. Le contrôle du détroit d’Ormuz par où transite quantité de pétroliers et de méthaniers est une arme dont joue encore l’Iran.
Pourquoi le Moyen-Orient s’est-il embrasé ? Au nom de sa survie, Israël veut éradiquer le danger balistique aggravé par le nucléaire qui pourrait donner la bombe atomique à l’Iran. Les USA partage cette vision. S’ajoute un argument « philanthropique ». En janvier dernier, le régime iranien a déchaîné une violente répression contre les foules qui se révoltaient tout à la fois contre la situation économique et politique. Israël et USA, jusqu’où sont-ils sincères quand ils prétendent faire tomber les Mollahs pour faciliter l’éclosion de la démocratie ? Car il existe encore une motivation : la mainmise sur le pétrole et sur le gaz, énergies fossiles, ressources dont dispose abondement l’Iran. Et contrer ainsi la Chine que ce pays approvisionne.
Et Donald Trump exige de l’OTAN son aide. Sans-gêne, le président des USA ! Alors que les statuts de cette alliance défensive le stipule clairement, il se lance dans une guerre sans aucune concertation avec l’OTAN en particulier pour désigner les objectifs recherchés. Et par ailleurs, en pareil cas, la direction des opérations revient à l’OTAN, pas aux USA. L’OTAN n’est pas le vassal qui accourt dès qu’il est sollicité. Par ailleurs, ne l’a-t-il pas méprisé en envisageant avec le plus grand sérieux l’annexion du Groenland, du Canada ? Sans parler des droits de douane exorbitants qu’il lui a imposés. Parce qu’il voit l’impasse dans laquelle il s’est fourré, il voudrait refiler à l’OTAN la charge de garantir l’accès au détroit d’Ormuz. Il l’envoie au casse-pipe : tant que dure la guerre, tous les bateaux sont exposés aux attaques de l’Iran qui contrôle le Golfe persique. Au-delà du matériel que les USA pourraient aligner, il veut partager les risques politiques, et les conséquences funestes, tant économiques que militaires, de son action. Comment lui accorder notre confiance puisqu’il a laissé tomber l’Afghanistan sans crier gare ? L’OTAN doit-il se lier à l’échec qui se profile ? On ne renforce pas l’échec. Attention à une escalade, à un enlisement. Qui plus est, il viole le droit international puisqu’il n’a aucun mandat de l’ONU sur lequel il aurait pu appuyer son action. « Quand un clown s’installe dans un palais, il ne devient pas roi. C’est le palais qui devient un cirque », dit un proverbe turc.
L’Iran est chiite. Les pays du Golfe sont sunnites. A titre indicatif, sans entrer dans les détails, le sultanat d’Oman suit la troisième chapelle de l’islam, le courant kharidjite. Ce sont des frères ennemis. Cette division s’enracine dans cette question : à qui revient de diriger l’islam ? Les chiites estiment que cette charge revient de droit à un descendant du prophète, via les enfants nées du mariage de Ali, cousin de Muhammad, et de Fatima, l’une de ses filles. Ce sont les Imams. Les sunnites estiment que, en principe, elle incombe à un membre de la tribu qurayshite à laquelle appartenait le prophète, tribu arabe de La Mecque. Notons qu’au 16e siècle, le califat tombe entre les mains du sultan ottoman, un Turc, jusqu’en 1924, date à laquelle Atatürk, créateur au lendemain de la première guerre mondiale de la Turquie moderne, met fin à ce titre devenu strictement honorifique. Sachant que, tout long de leur histoire commune, les sunnites, majoritaires, 90 %, ont persécuté les chiites, 10 %. D’où leurs relations conflictuelles.
Pourquoi l’Iran des Mollah veut-il la destruction d’Israël ? Mollah ? Ce sont les membres de ce qu’il est convenu d’appeler le clergé chiite dont les ayatollah constituent l’échelon supérieur de la hiérarchie.
Ayatollah Khomeiny a été influencé par un idéologue iranien, Nawas Safawi. Ce dernier, pourtant chiite, avait des liens privilégiés avec Sayyid Qutb, fondateur des Frères musulmans, sunnites, dont il partageait les objectifs, un retour à la pureté de l’islam et le rejet de la modernité occidentale assimilée à la jahiliya, le temps de l’ignorance préislamique. Il l’a surtout inspiré en faisant de la cause palestinienne, non pas seulement une cause limitée à une nation, une cause qui concernerait tout au plus ses voisins, mais une cause étendue à l’Umma, la communauté musulmane toute entière. Ce petit bout de terre, dès lors qu’elle fût régie par l’islam, est musulmane. L’Umma ne peut pas accepter que les Juifs s’en approprient ne fût-ce qu’une seule parcelle. Alors, comment comprendre que vivent en Iran près de 15 mille juifs qui disposent d’un représentant au parlement ? La constitution de 1979 garantit ce siège. Sachant qu’à cette date ils étaient 100 mille. Beaucoup ont donc plié bagages. En terre d’Islam, les gens du Livre, juifs et chrétiens ont leur place, mais une place de second rang. Remarquons, et cela n’est pas anodin, que l’Espagne et les Balkans connurent la domination musulmane pendant plusieurs siècles. Selon cette logique, ils sont aussi terre d’islam.
En 1979, quand il accède au pouvoir, Khomeiny n’oublie pas l’enseignement de son mentor exécuté en 1956 après une tentative d’assassinat du Shah. Khamenei, l’un de ses disciples, appelé à lui succéder comme Guide Suprême, liquidé par une frappe israélienne, a traduit les œuvres de Sayyid Qutb de l’arabe au farsi. Signe de ce rapprochement entre chiites et sunnites, dès 1982, il fait émettre un timbre à son effigie. En fait, cette évolution montre combien le régime des Mollah a trahi le chiisme. En effet, selon cette approche religieuse, seul l’Imam – le dernier de la lignée, le 12e a disparu au 9e siècle – est impeccable, sans péché, infaillible dans sa prise de décision notamment politique, et éclairé par la lumière divine pour donner aux croyants une compréhension à la fois exotérique et ésotérique du Coran. L’absence de l’Imam dont les chiites attendent la manifestation – au parlement iranien, pour son retour, un siège lui est destiné – devrait signifier de facto une relativisation du pouvoir. Tel n’est pas le cas : le Guide Suprême s’est donc arrogé abusivement ces prérogatives. Il se veut Imam à la place de l’Imam. Et sans le dire, il s’autoproclame calife en se mettant à la tête de tous les musulmans. Le chiisme iranien s’est « sunnisé » !
Si, au Liban, le Hezbollah est chiite et si, au Yémen, les Houthi dont les armes font peser un grave danger sur la navigation dans le détroit Bal el Mandeb à la croisée de la mer rouge et de l’océan indien, sont également chiites, dans la bande de Gaza, le Hamas est sunnite. Ils font cause commune parce qu’ils partagent une même idéologie. Et si on renverse un régime, on ne renverse pas une idéologie…
Religion et politique, un mélange explosif ! « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, rendez à César ce qui est à César ! » Voilà de quoi réfléchir, de quoi neutraliser l’ivresse délétère de ce cocktail.
Abbé Patrice Moline
